Réveil à 9h, un premier pied hors du canapé lit trop ferme, un deuxième se faufile pour éviter les objets jetés nonchalamment sur la moquette 6 heures plus tôt.
Un bref check up plus tard, une clope plus tard, parfois deux, les premiers pas légèrement titubant, le passage dans une cuisine en panne, en panne de plaques électrique, de lave vaisselle, de poubelles non descendues, un spot de 100W plus tard, l’entrée dans une cabine d’un mètre carré qui contient lavabo, toilettes, rideau de douche BHV au motifs 70’s légèrement entartré, le pied posé sur l’email d’un bac de douche toujours humide et glissant, un mélangeur récalcitrant, une brûlure, puis une pluie froide, des idées qui commencent à émerger, mais pas les bonnes, un brossage de dent, un shampoing, un décapage, une serviette rêche, une deuxième glissade sur un lino jauni, un caleçon, des chaussettes, souvent noires, un jeans souvent le même, un t-shirt, une veste ou un pull, un trench, une main dans les cheveux, du parfum, un coup d’œil sur l’appart que je retrouverai dans le même état le soir même.
Une clef, deux clefs, des escaliers en bois, glissants eux aussi, un étage, deux étages, j’ai la tête qui commence à tourner, trois étages plus bas, dans la cours, lumière blanche, sas irréel entre ce nid ingrats et la rue calme. Entrée sur l’avenue, bruyante et déserte, un arrêt de bus, un affichage digital, 3, 8, 9, 12 minutes d’attente, des visages familiers mais pas de sourire, de la musique trop forte dans les oreilles, de la mauvaise de préférence. Un bus, les 4 fauteuils face à face en fond de bus. Bastille, Cirque d’hiver, Oberkampf, et quotidiennement cette sensation de passer par Hanovre, République, le bus se vide puis se remplit, Jacques Bonsergent, je me lève, Strasbourg Saint Denis, je descends, m’enfonce dans la rue, entre dans la cours de l’immeuble, croise des visages familiers, là je dois sourire, m’engouffre dans l’ascenseur seul de préférence, premier étage, deuxième, troisième, l’ascenseur peine à ouvrir ses portes, je peine à en sortir, entre discrètement direction la fontaine à eau, un verre d’eau, je coupe ma musique, scrute l’ambiance, studieuse avant 10h, agitée le reste du temps, croise des gens, je souris, ma gorge est encore trop serrée pour prononcer des « bonjours » audibles.
Je file à mon bureau allume mon vieux mac, m’assoit, sers des mains, sourie de nouveau, commence à parler, un peu, consulte ma boite mail pro, note les tristes idées qui m’ont traversées l’esprit pendant cette heure sur mon cahier. 10h30 brief, 11h débrief, 11h30 présentation, 15h25 brief annulé, 15h35 retour client, 16h brief, 17h plan’s board, voila le menu de tous les jours. Mon DA arrive. Sourire spontané, il s’installe, je termine deux briefs… Ascenseur, café, clopes, compte rendu de la soirée de la vielle, j’étais chez moi, j’ai maté deux films, une séance de masturbation et une nuit d’angoisse, rien en somme alors j’écoute. Ascenseur, chacun son bureau, chacun ses merdes, téléphone, mails, tout va toujours bien ou presque… On me brief, on me debrief, on me rebrief, je n’ai le temps de rien creuser, j’exécute, phrase après phrase, mots après mots, pas d’idées, du remplissage, du vide. Midi, une éclaircie, une bribe d’idée se pointe, un projet bandant brille à l’horizon, puis s’éloigne, Maalox. Déjeuner, insipide devant l’écran, angoissé au restaurant, détendu entre amis, social avec vue. Gaviscon, 14h reprise du rien. Réunions, pour entendre ce qu’on sait déjà, le client fait ce qu’il veut et vous emmerde, de toute façon vous êtes personnes et vous ne faites pas le poids. Ok. Jeu débilisant entre deux points futiles. Facebook.
L’esprit s’enfuit, organisation de la soirée, compliquée pour tout le monde, on attendra demain ou après demain ou ce week-end ou le mois prochain… Retour virtuel dans l’open space, coup de speed, fichier qui tarde à sortir d’une imprimante essoufflée, directeurs de clientèle et chefs de groupes impatients, fébriles, fatigués, perplexes, se justifiant, partageant leurs avis dont je me branle fondamentalement mais j’écoute, puis on fait des phrases, puis ils sont rassurés, satisfaits, souriant et disparaissent. Clopes, verres d’eau, bureau, pige quotidienne histoire de voir ce que les autres font et surtout ce que nous ne faisons pas. 18h, heure de la désillusion, les envies de partir ailleurs, de risquer sa chance, histoire de gagner un peu plus qu’un étudiant à mi-temps au mac do. 18h30 fin de la lutte, retour aux briefs du lendemain. 19, 20, 21, 22h, mac éteins, bureau vide, j’éteins ma lampe de chevet, enfile mon trench, fini mon verre d’eau, sors du bureau par l’escalier.
Je glisse dans la cours de l’immeuble, organise mon retour, gère mentalement l’administratif, le rébarbatif, le bassement matériel, repousse le maximum au lendemain, me laisse envahir par un sentiment de doute, vue qui se brouille, tête qui tourne, sueurs froides, j’avance vers l’arrêt de bus, achète trop de clopes, la journée repasse en accélérée, chaque instant ou j’aurai pu mieux faire ou mieux dire m’apparait en surbrillance. 15 minutes pour le bus. C’est trop long.
Je m’enfonce dans le métro. Je déteste ça. File en fond de rame. Attend monte, me tient à des barres poisseuses, je suis poisseux également. Les yeux sollicités de toute part, je regarde partout, me figure qu’on me regarde. Les stations défilent les gens montent, personne ne descend, personne ne descend jamais. Compacté, étouffé, mes idées sont étriquées et se limitent à envisager la sortie. Première volée de marches, mon cœur s’emballe, un couloir, des centaines de gens pressés courent dans tous les sens, il ne semble pas y avoir de logique dans leurs mouvements, mais ils courent, des affiches, des pubs déprimantes pour des carottes, des voyages, des concerts, des voitures… Des pubs horribles, mes pubs, je salie le métro et j’en suis presque fier. Deuxième escalier plus long, plus encombré, plus fatigué, je me presse sans raison moi aussi, personne ne m’attend et je ne compte pas cuisiner ce soir. Des affiches, des visages, des décolletés, des chiens, des punks, enfin presque, des portes automatiques, des distributeurs automatiques, des regards automatiques, je me passe la main sur la nuque, un tic, au bout du couloir la lumière artificielle ou naturelle.
Bastille, son agitation à tout heure, je traverse pour longer l’opéra éternellement en travaux, peu de voitures viennent me sortir à mes suffocations irraisonnées, la rue s’allonge sous mes pas, l’onglerie avec la belle brune, l’hôpital quinze vingt, seul hôpital qui ne m’est d’aucune utilité, il n’y a jamais personne dans cette rue, le passage du chantiers, la pharmacie, le Maryland, un bar-tabac d’où fleurit constamment une odeur immonde de Suze et de vieux fromages auvergnat, la rue enfin, seule rue de paris et de France je suppose, qui est annoncée par un panneau « Attention aveugles ». Je marche moins vite, mon cœur se calme, la douleur se fait moins forte dans mon bras gauche. J’entre mon digicode, mécaniquement, allume la cours, prends mon loyer, mon relevé bancaire, l’argent que m’envoie encore ma mère, une carte postale, une pub sephora, avance dans la cours que j’ai quitté le matin même, elle est toujours aussi douce, humide, fleurie, silencieuse… J'entre, à vrai dire ce colimaçon est plus proche de l’échelle que de l’escalier, première étage, personne, deuxième étage jamais personne, troisième je souffle, salue mon voisin qui ne sait pas boire sans commencer à hurler pour finalement s’excuser tous les matins comme une merde, je tourne une clef, puis l’autre, j’entre.
Je jette ma veste, avale un demie litre d’eau enlève mon jeans, m’allonge sur mon canapé lit défait. Il est 20, 21, 22h… Et rien, je me remets doucement. J’allume mon ordi pour reprendre les mêmes rites que dans la journée, un coup d’œil inutile sur facebook, un œil sur mes boites mails qui ne recèlent pas plus de surprises qu’une demi-heure auparavant. Il est temps de me relever, après trois ou quatre clopes, je lève enfin la tête, les fenêtres sont ouvertes, elles sont toujours ouvertes, les fringues sales forment une deuxième peau à la pièce, j’en jette l’essentiel dans la panière Ikea avant de me commander un chinois, un jap, une pizza, un indien, je rangeotte en attendant, enfile un pantalon parce que mes voisins d’en face sont rentrés et que malgré tout je suis pudique. Le livreur frappe à la porte timidement, j’ouvre rapidement, le paye m’assoie et mange en m’abreuvant d’images, souvent de l’info en continue, au bout de 5 boucles je commence à avoir la nausée, brossage scrupuleux des dents, clope immédiatement après, et toujours la même interrogation sur le gout des clopes mentholées. Minuit, je feuillète le web à la recherche d’inspiration, m’envoie un film de science fiction, un coup d’œil sur mon téléphone, je note toutes les personnes que je dois rappeler puis oublie, fin de film, je gis nu sur mon canapé lit, Bob l’éponge me berce avant que mon esprit ne surgisse du néant dans un dernier combat, dernier tour de piste, dernières idées, souvent les bonnes. Et c’est avec ou sans Milf que la nuit m’arrache enfin à ma remise en question systématique. J’éteins. Réveil à 9h, un premier pied hors du canapé lit trop ferme, un deuxième se faufile pour éviter les objets jetés nonchalamment sur la moquette 6 heures plus tôt. Un bref check up plus tard, une clope plus tard, parfois deux, les premiers pas légèrement titubant, le passage dans une cuisine en panne…
Evidemment c'est une fiction...
2 commentaires:
flippant !!! quelle plume !
bisous mon ned !
C'est toujours savoureux de te lire, même quand c'est amer...
la fille qui vit avec les vaches
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